Je ne me substituerai pas aux médias ordinaires qui saluent ce matin, avec émotion, la disparition de Danielle Mitterrand. J’ai pourtant de touchants souvenirs du personnage atypique qu’elle fut. C’était au début des années 90. J’étais alors Conseiller d’Ambassade à Lima, Porte-parole du gouvernement et chargé des actions humanitaires, en attendant qu’un Attaché soit nommé à ce poste. (photo jpjl)
Connue pour ses engagements courageux et originaux, Madame Mitterrand avait ses combats et ses héros bien à elle. On se souvient du baiser qu’elle donna à Fidel Castro sur les marches de l’Elysée et de sa vénération pour le Commandant Marcos, en oubliant que le premier était un peu dictateur et le second un peu terroriste. Elle conduisait les manifestations pour les Kurdes, contre Tchernobyl. Militait pour les mouvements tiersmondistes et se battait pour que la moitié du monde ait enfin accès à l’eau potable… Elle dédia sa vie à sa fondation France-Liberté. Face à François, force tranquille, Danielle incarnait la force combattante.
Lors des conférences de presse où j’étais censé exprimer l’opinion de la France, il m’arrivait, tout à fait volontairement, de donner raison à Madame Mitterrand plutôt qu’au Président. Mon ambassadeur qui savait bien le plaisir et la sincérité que je mettais à l’interprétation de ce rôle, me dit un jour, très pince- sans-rire :
– J’espère, Jean-Pierre, que vous n’oubliez pas d’adresser votre revue de presse au Quai d’Orsay ?
– Bien sûr, Monsieur l’Ambassadeur !
– Je vous pose la question parce que je vous ai entendu hier sur RFI (Radio France Internationale) donnant une interview où l’on aurait pu penser que vous étiez davantage le porte-parole de France-Liberté que celui de notre gouvernement. Je me demande parfois si vous ne confondez pas la rue de Bièvre avec la rue du faubourg Saint Honoré !… (*)
– Si une correction s’impose, Monsieur l’Ambassadeur, je fais confiance à notre Président pour me l’infliger, répondis-je sur le même ton de plaisanterie.
Quelque mois plus tard, je fus chargé d’organiser, pour le compte de France Liberté, une importante donation d’adduction d’eau potable dans un bidonville de 300 000 personnes, au nord de Lima. On annonça que Madame Mitterrand procèderait elle-même à l’inauguration, ce qui m’enchantait… Jugeant les conditions sécuritaires insuffisantes, le Quai s’opposa finalement à ce voyage. L’Ambassadeur, un peu gêné et moi ravi, avons coupé les rubans et scellé les premières pierres. J’obtins sans difficulté des maires des communes concernées que l’école soit baptisée « Danielle Mitterrand ». (jpj) contact@jeanpierrejeannin.fr (toutes photos de jeanpierre jeannin) * Le domicile privé du Président et donc de Madame Mitterrand a toujours été 5 rue de Bièvre (Vème), La rue du faubourg Saint Honoré est l'adresse du Palais de l'Elysée.






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