En annonçant ce matin le décès de Georges Wilson, mon radio réveil a jeté la moitié de mes années aux orties. J’ai 35 ans, par un bel après midi d’avril, à Léognan, près de Bordeaux, au bar des pilotes de l’aéroclub. - »Tu tombes bien, Jean-Pierre. Ce monsieur a envie de faire un tour. Il n’a pas encore son premier degré…

A ça, Monsieur, vous avez de la chance. Jean-Pierre est le meilleur élève-pilote du club. La preuve, il a déjà ses deux licences mais il lui manque seulement quelques heures pour valider son deuxième degré ».
– »Je ne voudrais pas vous déranger. Cela ne vous ennuie pas monsieur Jean-Pierre ? »
- »Bien sûr que non. Au contraire. C’est un honneur, car vous êtes Georges Wilson, n’est-ce pas ? »
– »Oui.! »
– « Les heures que nous allons faire ne compteront pas sur votre carnet de vol car, officiellement, il me manque encore 5 heures pour emmener un élève en doubles commandes »
- « Je sais me dit Georges Wilson. C’est seulement pour le plaisir ».
– “Alors que diriez-vous d’un petit tour de radada (vol à très basse altitude) sur l’ile aux Oiseaux et le Bassin d’Arcachon ? Dès que l’on décolle, vous allez voir, c’est magnifique : les Pyrénées enneigés. Cela vaut tous les spectacles du monde. Enfin… Pardon. Tous les spectacles du monde à l’exception des vôtres »… Il rit. Dès les alignements respectés, je lui propose de prendre les commandes. Il manque de pratique mais pige immédiatement. A Arcachon je lui fais faire plusieurs touch and go. Il est aux anges.
-"J’ai appris davantage aujourd’hui que durant des heures de cours » me dira-t-il, enthousiaste comme un enfant dont on n’oserait jamais mettre la parole en doute. Son plaisir demeure un des meilleurs moments de ma vie de pilote.
Il me proposa de nous revoir le soir, pour diner après le spectacle et le lendemain, mais je partais en, vacances à Biarritz.
Mon carnet de vol en atteste : c’était le 16 avril 1973. –« Je te souhaite de bonnes vacances me dit Georges et j’espère te revoir, la haut ou sur le plancher des vaches. Téléphone –moi lorsque tu montes à Paris ».
Certes, j’ai été un peu négligent, comme je le suis toujours, et timide aussi, mais j’ai été heureux de te connaitre et je te souhaite « bon vent » l’ami. Moi aussi j’espère te revoir. Ici bas, ça m’étonnerait, mais là-haut, ça ne fait aucun doute. Et n’oublie pas : arrondis avant de toucher la planète ! (*)
jpjl ( jeanpierrejeannin@msn.com) (*) Technique d’apprentissage de l’atterrissage consistant à arrondir la trajectoire à l’approche du sol pour laisser l’avion se poser sans heurt….Le glas sonne aujourd’hui pour Georges Wilson, 88 ans, « ce géant au nez gothique » qui n’a jamais su quitter la scène. Libération. L’Express. Photosdiaporama . Biographie de Georges Wilson (cliquez ici) –
Condoléances émues à son fils Lambert et à ses proches.







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7/02/2010
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